Histoire des Idées et de l’Art HIA S4 Nacihi Khadija

De l’Affaire Dreyfus à la séparation des Eglises et de l’Etat


Accusé injustement d’espionnage en faveur de l’Allemagne, et passé en conseil de guerre en 1894, le capitaine Dreyfus, de confession juive, est condamné à cause de fausses preuves. Une fois ces preuves découvertes, la défense d’Alfred Dreyfus s’organise. Le 13 janvier 1898, l’article de Zola « J’accuse » contribue fortement à la publicité de cette affaire qui suscite les passions et génère un débat qui implique un ensemble d’intellectuels. Le camp des dreyfusards, qui défendent des valeurs de justice et de vérité, s’oppose à celui des antidreyfusards qui pensent que ces valeurs doivent être soumises aux intérêts supérieurs de l’État. Dreyfus ne sera réhabilité qu’en 1906, année de l’arrivée des républicains radicaux au pouvoir grâce à la mobilisation politique des dreyfusards. Cette affaire aura des implications profondes sur la société française notamment avec la loi la Séparation des Eglises et de l’État.


Religion et Etat séculier


L’Ancien Régime a connu une union organique entre la religion catholique et la
monarchie de droit divin.


Le catholicisme était la religion de l’Etat, par conséquent, le clergé était le premier ordre dans le royaume et disposait de grands privilèges et de fonctions socialement reconnues. Le clergé qui, jouissait d’une immense richesse, était chargé entre autres de l’exercice du culte. Cette autorité dont il bénéficiait faisait qu’il avait le contrôle total sur l’éducation, les universités et la production de livres. De plus, l’Eglise n’admettait aucune liberté de pensée ni de religion.


Depuis les origines du royaume jusqu’à 1789 date de la Révolution française, la France fut donc un Etat confessionnel1 et le catholicisme était la seule religion officielle qui légitime la monarchie de droit divin. Mais depuis Les Lumières et la Révolution française, le long processus de laïcisation de l’Etat et de la sécularisation2 de la société française s’est enclenché accomplissant ainsi le vœu des libéraux.

La France fut le premier État européen à adopter la tolérance religieuse. En effet, l’intolérance dont faisaient preuve l’Église et l’État a été combattue par tous les philosophes des Lumières qui réclament, au-delà de la tolérance, la liberté de conscience, la liberté de religion et la liberté de pensée. Le projet de laïcisation des Républicains s’inspire de la philosophie des Lumières et de la Révolution française. Ils adoptent l’opposition soulignée par les philosophes français entre la « raison » et l’ « obscurantisme » religieux. L’expérience de la Ière République (1792), qui instaure une « liberté de conscience » et met en place une première séparation des Eglises et de l’Etat leur sert également de référence.


Aux lendemains de la Révolution en 1802, Napoléon Bonaparte établit le pluralisme religieux, et les cultes catholique, protestant et juif devinrent des institutions publiques contrôlées par l’État. Mais le conflit continuel entre l’Église catholique et la République française aboutit en 1905 à la séparation des Églises et de l’État, rendue nécessaire par l’Affaire Dreyfus. Cette loi qui constitue le couronnement des lois laïques de 1880-1886 rejette la souveraineté des papes sur les rois et les nations grâce à une grande mobilisation anticléricale. La Révolution constitue donc la rupture capitale dans le processus de laïcisation de l’État et de sécularisation de la société car elle détruit le régime confessionnel d’Ancien Régime.


1L’adjectif confessionnel date du XIXe siècle. Dérivé de confession. Qui se rapporte à une religion. Un
État confessionnel,
où il existe une religion d’État. L’enseignement confessionnel, dont les principes
d’éducation s’inspirent d’une religion.
École confessionnelle, par opposition à École laïque.2 La sécularisation renvoie au processus enclenché depuis la fin du Moyen Âge qui sépare toute activité
et tout domaine de la vie humaine attachées au champ religieux comme l’Art, l’Éthique, la Morale ou la
Politique de toute référence au sacré ou à la transcendance.


Mais l’anticléricalisme(3) prend une tournure particulièrement violente pendant le ministère Combes (1902-1904), principalement avec l’affaire des Fiches. Professeur de philosophie, puis médecin et homme politique français, Emile Combes contribue, dès l’Affaire Dreyfus, à la constitution d’une majorité de combat pour la défense de la République. Président du Conseil et ministre de l’Intérieur et des Cultes (1902), il mène une politique anticléricale brutale et s’emploie à préparer la séparation de l’Église et de l’État. Mais le scandale de l’Affaire des fiches mit fin à sa carrière. En effet, l’avancement des officiers était subordonné à leurs opinions politiques et religieuses, consignées sur « fiches ». De violentes manifestations se soulevèrent contre lui en 1902, le contraignant à démissionner.

Les constitutions de la IVe, puis de la Ve République affirment fortement que la France est désormais une « république indivisible, laïque, démocratique et sociale »
4. La loi de 1905 a eu entre autres initiateurs, Jean Jaurès5, et Aristide Briand6. L’affirmation du courant libéral aboutit donc à la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Elle manifeste une volonté d’établissement de la paix religieuse par la protection de
libertés fondamentales. La liberté personnelle va de pair avec la liberté collective religieuse. La loi établit la neutralité de l’Etat et des services publics. Elle ne privilégie aucun culte : tous sont égaux en droits et devoirs. Il n’y a plus d’interférences de l’Etat dans l’Eglise ni de l’Eglise dans l’Etat. Le pluralisme religieux est reconnu. Avec la loi de 1905, la France est devenue un État laïque qui a aboli les privilèges du clergé et restitué tous ses biens à la nation. La souveraineté émane désormais de la nation et non plus de Dieu. La pleine citoyenneté est accordée aux protestants et aux juifs. L’état civil est laïcisé, le divorce et le remariage sont autorisés et les religieux sont libérés de leurs vœux perpétuels. Par ailleurs, La République ne reconnaît, ne subventionne, ni ne paie aucun culte. La question de la laïcité a surtout concerné l’enseignement. En 1882, la loi Ferry laïcise l’école et l’enseignement religieux, qui a été supprimé des programmes scolaires, est remplacé par un enseignement moral et civique. De même, les enseignants sont tenus de transmettre un enseignement fondé
sur les valeurs de la République. Cette éviction du religieux de la sphère politique et sociale fait entrer la société française de façon définitive dans l’ère moderne.


3 Hostilité au clergé et à son ingérence dans la vie sociale des individus.4 L’article 1er de la Constitution.5 (1859- 1914)Chef du parti socialiste unifié qu’il a contribué à créer en 1905.6 Aristide Briand est nommé Ministre des cultes de 1906 à 1911. Il affirme que le christianisme primitif a
introduit la distinction entre le temporel et le spirituel : « Rendez à César ce qui est à César, à Dieu ce
qui est à Dieu », aurait répondu Jésus-Christ aux Pharisiens (Mathieu, XXII, 15, 21).

Histoire des Idées et de l’Art S4

Le début du siècle et l’esprit nouveau

Le contexte


La belle époque et la montée des périls (1880-1814)

L’Europe connaît une période prospère de 1900 à 1914. Les conditions sociales s’améliorent sous la poussée syndicale et la puissance de Paris s’affirme. En 1900 l’exposition universelle fait de la ville Lumière la capitale du monde. Les sciences et les techniques (aviation, automobile, électricité se développent. Malgré les inégalités sociales la Belle époque est synonyme de luxe et d’insouciance. (Mais la montée des rivalités économiques entre grandes puissances européennes, la course à l’armement et la montée des nationalismes rendent la guerre inévitable).

La volonté de modernité

L’esprit de l’homme, sa perception du monde vont être bouleversés par ces techniques qui changent complètement sa conception de la vitesse, du déplacement, de l’espace, de la communication. Les artistes ont de plus en plus conscience de vivre dans un monde qui change et les mouvements du siècle précédent semblent dépassés. On assiste à un véritable renouveau littéraire, en effet, la poésie connait un souffle nouveau. La poésie Chrétienne eut un regain spectaculaire, comme si l’homme, saisi dans le tourbillon de la modernité ressentait un risque spirituel. Un certain nombre de créateurs, tels Claudel, Milosz, Francis Jammes, Saint Pol-Roux, s’interrogeaient sur l’urgence de rappeler à l’homme son origine divine en conjuguant prière et poésie. Cette tendance mystique qui perpétue à sa manière l’héritage symboliste, montre dans toute chose créée la main du Créateur. C’est pourquoi cette poésie chrétienne, entamée à l’époque de Péguy et de Claudel, exploite le rythme ample du verset et du chant sacré. La vocation prophétique n’est pas la propriété des poètes chrétiens, elle se retrouve laïcisée chez Apollinaire, Cendrars et elle ne sera pas non plus absente quelques années plus tard des conceptions surréalistes. Cette vocation était d’ailleurs implicitement présente dans le symbolisme et constitue l’une des dimensions de la poésie de Baudelaire et de Rimbaud. Après quelques années de tâtonnements et de recherches faites par les
néo-symbolistes et les décadents, un fort courant de création poétique sous le signe de l’esprit nouveau réapparait en France. En poussant jusqu’à ses extrêmes les intuitions du symbolisme, toute une génération prépare le terrain à des expérimentations psychiques et « langagières » qui fonderont l’originalité et la puissance de l’interrogation poétique au XXe siècle. Mais cette orientation n’a pas été évidente ; la tentation techniciste et machiniste illustrée par Emile Verhaeren et Jules Romains qui ont cru devoir célébrer l’union de l’homme avec l’univers des villes et des machines s’oppose à une école néo-classique, constituée autour de Moréas, qui voulait revenir à la rigueur formelle du XVIIe siècle. C’est Guillaume Apollinaire (1880-1918) qui réussit la synthèse de la tradition lyrique et de la modernité. Inspiré par la ville et les inventions modernes, il se lie d’amitié avec les peintres et renouvelle l’écriture poétique. Dans son recueil
Alcools (1913), il utilise le vers libre et supprime la ponctuation. Le recueil Calligrammes (1918) propose une nouvelle forme d’écriture, qui allie dessin et poésie… D’autres poètes explorent des voies différentes, marquées par la volonté d’innover (comme Pierre Reverdy, Max Jacob) et parfois le goût du cosmopolitisme7 avec (Saint John Perse, Eloges (1911), et Blaise Cendrars, La prose du transsibérien (1913) Valery Larbaud, qui apparaissent comme des exemples de sagesse et de modération.7


Les nouvelles voies du roman


Le roman comme genre est associé dans les esprits aux grands romanciers du XIX
siècle, Balzac, Stendhal, Flaubert, Zola. L’illusion réaliste
8 qui a fait la force du roman
du XIXe siècle fait que l’on occulte les tentatives antérieures et que l’on doute de
toute autre conception du roman. Or, dès la fin du XIXe siècle, de nombreux
romanciers cherchent à libérer le roman du modèle réaliste. L’influence croissante
des romanciers étrangers, l’impact des théories bergsoniennes
9 et freudiennes
expliquent en grande partie cette évolution. Les romanciers de la Belle Epoque sont
Anatole France
10, Romain Rolland, Alain Fournier11, Paul Bourget, Maurice Barrès. À
cheval sur les deux siècles, ils constituent une sorte de transition. Marcel Proust
(1871-1922) renouvelle radicalement le genre dans les sept volumes
À la recherche
du temps perdu
(1913-1927). Récit à la première personne de la vocation littéraire du
narrateur, la recherche propose une évocation très détaillée de la société
contemporaine, présentée selon un point de vue subjectif. André Gide (1869-1951)
expérimente toutes les formes de récit, autobiographiques (L’immoraliste, 1902) ou
fantaisistes (Les Caves du Vatican, 1914).


Le théâtre


Au début du siècle, le théâtre s’est transformé moins vite que les autres genres. En
effet, le théâtre est directement soumis aux désirs des spectateurs et à leurs
habitudes qui associent théâtre et divertissement. C’est pourquoi alors que triomphe
le vaudeville sur les scènes parisiennes, les créations originales ne sont guère



8 9Henri Bergson (1859-1941) est un penseur qui prône les vertus de la pensée, de l’intuition et du cœur.
Son livre
les Deux sources de la morale et de la religion appelle au dépassement des notions
traditionnelles et à la nécessité de créer une morale ouverte fondée sur de nouvelles valeurs.
10 Anatole France (1844-1824). Politiquement engagé, il attaque les institutions humaines et se préoccupe
des problèmes contemporains. Son œuvre est philosophique. Ses œuvres : Les Dieux ont soif (1912) – la
dénonciation de l’intolérance et du fanatisme, L’Île des pingouins, La Révolte des anges.
11Alain Fournier (1886-1914). Le Grand Meaulnes (1913) roman poétique entre réalité et rêve, s’inscrit dans
la tradition de Gérard de Nerval avec
Sylvie.
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appréciées que de petits cénacles à l’affût de la nouveauté. Ainsi, la comédie de boulevard, par ses transgressions, a servi à la société de révélateur grinçant avec des auteurs comme Georges Feydeau, Sacha Guitry, Alfred Jarry. De même, elle refaçonne la culture bourgeoise plutôt immobile et choque avec une liberté de ton qui installe le genre dans l’avant-garde des recherches littéraires. Enfin, elle influence durablement des dramaturges étrangers notamment des années 20 et 30 tel que Pirandello par exemple.

À l’opposé, les drames de Paul Claudel (1868-1955) sont influencés par le symbolisme et la foi catholique. Claudel croise dans une même intrigue conflits historiques, passionnels et spirituels. Il place ses héros dans le contexte d’un monde catholique (c’est-à-dire universel au sens étymologique du terme) où Dieu est omniprésent (
Partage de midi, 1906). Au-delà de l’évolution du roman, du théâtre et de la poésie qui a marqué la Belle époque, les années qui ont précédé la Première Guerre mondiale furent aussi synonymes de révolution intellectuelle. C’est ce qui explique l’importance qu’a pris à cette époque la littérature philosophique, idéologique ou politique avec des écrivains comme Henri Bergson12, Jean Jaurès, Charles Maurras qui mettent leur plume au service de leur pensée. 

La peinture moderne

1- Le Fauvisme

Les Fauves, conduits par Matisse (1869-1954), ont la passion de la couleur. Ils peignent une nature marquée par l’homme, se distinguant ainsi des impressionnistes plus attirés par ses aspects mouvants (jeux d’eau et de lumière). Vlaminck, Derain, Van Dongen proposent une peinture en rupture avec le monde ancien.

12Bergson dans son célèbre ouvrage Le Rire publié en 1900 analyse les différents procédés du rire et sa
fonction sociale.

2- L’art abstrait


L’art abstrait est une pratique picturale entièrement nouvelle qui est apparue au début du 20e siècle. Cette révolution s’est produite presque simultanément dans plusieurs pays européens, autour de 3 artistes théoriciens de l’art : Vassily Kandinsky, Kasimir Malévitch et Piet Mondrian, considérés comme les fondateurs de ce courant artistique. Tous les trois, ont commencé par peindre des tableaux figuratifs (inspirés de l’Impressionnisme, du Fauvisme) et leur cheminements respectifs les ont conduits en quelques années à labstraction. Kandinsky a écrit : « Créer une œuvre, c’est créer un monde ». Deux grandes tendances se distinguent au sein de l’art abstrait : l’abstraction géométrique (Mondrian, Fernand Léger), qui privilégie les lignes droites et les figures régulières, apparaît rigoureuse, tandis que l’abstraction lyrique (Kandinsky, Georges Mathieu) s’organise autour d’un déploiement de lignes plus souples ou une pratique plus gestuelle.


3- Le cubisme


Préparé par Paul Cézanne’ 1839- 1906), le mouvement trouve un second inspirateur avec Picasso (Les Demoiselles d’Avignon, 1907). Braque, Léger, Gris, Delaunay veulent montrer l’objet sous plusieurs angles à la fois en faisant appel à des formes géométriques simples. L’objet est décomposé pour être vu autrement.

4- L’Art nouveau


Cet art décoratif qui privilégie les courbes et un décor exubérant, souvent végétal, se répand dans l’Europe entière. Il touche tous les domaines : toiles de Gustav Klimt (1862- 1918), meubles de Majorelle (1859-1926), entrées de métro de Guimard (1867, vases de Gallé (1846-190), etc.

Le Surréalisme


I- Le contexte

-Le choc de la Première Guerre mondiale

De 1914 à 1918, la France et l’Allemagne s’opposent dans un conflit où sont entraînés la plupart des pays d’Europe et, à partir de 1917, Les Etats-Unis. La guerre des tranchées fait des millions de morts, dont près de 700000 dans la seule bataille de Verdun en 1916. Les horreurs de la guerre suscitent un sentiment de dégoût et de révolte qui s’exprime par le rejet des idées et l’art du siècle précédent notamment par les tenants du mouvement surréaliste.II – Qu’est-ce que le surréalisme13?Dans le premier Manifeste du Surréalisme, André Breton définit ce mouvement artistique comme un «automatisme psychique pur par lequel on se propose
d’exprimer, soit verbalement ou par écrit ou autrement, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale. Le
surréalisme repose sur la croyance en la réalité supérieure de certaines formes d’associations négligées jusqu’à lui, dans la toute-puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée. Il tend à détruire définitivement tous les autres mécanismes psychiques et à se substituer à eux dans la résolution de problèmes majeurs de la vie».14 Les Champs magnétiques, publié en 1920, est qualifié par Breton de premier ouvrage « purement surréaliste ».

 13SUR-réalisme : une nouvelle manière de concevoir et de représenter la réalité. Le mot emprunté à Guillaume Apollinaire, précurseur du surréalisme, qui dans ses Calligrammes annonçait l’exploration des profondeurs de la conscience.
 1414Breton A., (1924), « Manifeste du surréalisme » in Manifestes du surréalisme, Folio, Essais, (1985), p. 36.


-L’influence des idées nouvelles


Deux raisons ont présidé à la naissance du surréalisme : L’horreur de la première guerre mondiale a remis en question le système de valeurs occidentales, ce qui a donné lieu à un refus de cette civilisation qui a engendré la guerre et de toutes ses valeurs. Un mouvement de révolte est ainsi né s’opposant à des notions comme la patrie ou le sacrifice pour les générations futures. D’autre part, la naissance du communisme est perçue comme l’expression la plus aboutie de la révolution sociale. Les mouvements artistiques qui ont précédé la naissance du surréalisme comme le cubisme ou encore le cinéma ont eu pour leur part une influence indéniable sur la génération surréaliste.

Les futurs surréalistes sont également influencés d’une part par les travaux de Freud, qui découvre L’inconscient et le rôle du rêve dans le psychisme humain. Et d’autre part par le mouvement Dada
15, né à Zurich en 1916 sous l’impulsion de Tristan Tzara. Contestant violemment les formes d’art, les valeurs traditionnelles et l’esprit bourgeois, ce mouvement provocateur rejette aussi la notion d’art16 ainsi que tout nationalisme. Ces principes ont conduit certains écrivains surréalistes à s’engager politiquement et à rejoindre pour un temps le Parti communiste français.17 C’est surtout le recours permanent des dadaïstes à la dérision qui influence André Breton et ses amis. Le groupe surréaliste se constitue en 1924, date à laquelle il adopte définitivement son nom et se dote d’une revue, La Révolution surréaliste.

 
15Le mot le plus dénué de sens possible (le premier mot trouvé par les membres du groupe, dans un
dictionnaire ouvert au hasard) s’attaque aux sources mêmes de la pensée, du langage et à toute les formes de
contraintes.
 16« Il y a un grand travail destructif négatif à accomplir. Balayer, nettoyer ! » T. Tzara
  17Le mouvement Dada meurt aussi vite qu’il est apparu en 1919.

 

-Les caractéristiques du surréalisme


Les principes surréalistes sont exposés par André Breton (1896-1966), le chef de file du mouvement, dans le manifeste du surréalisme (1924) :

1-Une entreprise de libération


Influencés par Marx et la révolution russe de 1917, les surréalistes veulent affranchir l’homme des contraintes sociales. Vers 1930, Paul Eluard (1895-1952) et Louis Aragon (1897-1982) s’orientent vers le communisme et rompent avec Breton, qui refuse d’engager la poésie. L’esprit moderne dont Apollinaire s’était fait le prophète et qui avait déjà trouvé, avant 1914, ses représentants et ses porte-parole, n’a cessé, durant la grande guerre, d’inspirer artistes et écrivains dans toute l’Europe. S’ajoute à cela un sentiment de révolte qui s’est particulièrement fait ressentir parmi les jeunes : comment accepter, en effet, de se soumettre à des valeurs dont la guerre fratricide entre les peuples européens a démontré la faiblesse et la vacuité ?2-Une nouvelle conception de la poésieÀ la suite de Breton, tous les poètes surréalistes s’attachent à faire entendre la voix de l’inconscient (André Breton et Philippe Soupault, Les champs magnétiques, 1920). Ils célèbrent la femme et l’amour en vers libres et en prose (Robert Desnos, La liberté ou l’amour, 1927; Breton, L’Amour fou, 1937). L’inspiration lyrique est particulièrement créatrice chez Eluard (L’Amour, la poésie, 1929) et Aragon.

– La poésie comme acte de connaissance


L’expérience symboliste a amené le poète à considérer son art comme une
recherche fondamentale et comme une tentative complexe d’élucidation des
rapports entre l’homme et la nature. Le poète ne peut plus assumer sa vocation que
dans la mesure où elle correspond à un besoin profond de novation,
d’approfondissement de la connaissance.
La poésie est une expérience vitale qui permet à chacun d’accéder à son inconscient
par la pratique de l’écriture automatique, expression affranchie des contraintes
rationnelles. Breton élabore aussi une théorie de l’image, celle-ci sera d’autant plus
forte qu’elle rapprochera des éléments sans rapport logique.


Connaissance de l’être tout d’abord. Connaissance de l’esprit, de son
fonctionnement, de l’exercice de l’intelligence et de la réflexion. Connaissance des
zones obscures du psychisme, du jeu des passions, des fantasmes et des désirs.
Connaissance des angoisses profondes, des mystères du rêve, des étranges aspects
du mythe.

Connaissance de la nature aussi, de la nature entendue au sens le plus large.
Comment se situe l’homme dans cet univers qui lui est refusé tout autant qu’il lui est
donné ?

4-Le refus du réalisme et du roman


Les surréalistes n’écrivent pas des romans, mais des récits (Aragon, Le paysan de
Paris
, 1926 ; Breton, Nadja, 1928) où réflexion et prose poétique prennent le pas sur
les éléments narratifs.


Le mouvement ne se présente pas comme une école littéraire, mais comme un mode
de vie révolutionnaire qui récuse la tradition dans tous les domaines. Ce mouvement
refuse notamment le roman réaliste dont il condamne les descriptions. Le jour où
Valéry a déclaré qu’il lui était impossible d’écrire une phrase comme « La marquise
demanda sa voiture et sortit à cinq heures », le roman s’est trouvé dévalué comme
genre littéraire. En effet, les surréalistes condamnent le roman réaliste «
notamment
parce qu’il serait cette forme bourgeoise, basse et commerciale de l’art, qui croit
servilement à une psychologie de bas étage et s’abîme dans les néants de la
description
»18. Mais il a acquis en même temps une ambition nouvelle.5-La quête du merveilleuxLes surréalistes exaltent l’amour fou, le rêve, la folie, tout ce qui peut révéler la
réalité absolue ou surréalité, dont à l’état de veille raisonnable nous ne percevons
qu’une partie.
18Marie Baudry, « Roman et surréalisme : histoire d’un (mauvais) genre », Itinéraires, 2012-1 | 2012, 109-
122.


Dans cette quête d’une vérité fondamentale de l’homme, loin de la logique, de la
raison, de la morale, le poète se laissera porter par le rêve et le fantasme.
Un nouvel espace s’ouvrira à ses yeux, celui de l’imagination. Espace sans limite, sans
frontière, sans interdit, espace libre ou s’expriment en toute liberté ses désirs. Dans
l’espace de l’imagination, l’artiste renoue avec lui-même, puis avec les plus anciens
désirs de tous les hommes.


Le travail essentiel du surréalisme fut de rendre à la relativité, à l’intuition, à
l’imagination, à l’émotion, la place que des décennies de rationalisme triomphant
avaient réprimée. Ce travail fut facilité par le fait que les surréalistes ont inventé de
nombreuses formes de recherche assez inhabituelles, comme la dictée de
l’inconscient, l’analyse de la folie, l’interrogation du hasard « objectif »
19, …Enfin,
leur popularité tient au fait que leur message coïncida avec une époque à la
recherche de mythes réconfortants et audacieux.


La notion de « hasard objectif » est l’un des concepts fondamentaux de ce
mouvement. Terme utilisé par Breton dans
Nadja et L’Amour Fou, le hasard objectif
est défini comme étant une «
forme de manifestation de la nécessité extérieure qui se
fraie un chemin dans l’inconscient humain
» puis il ajoute « je me suis attaché à rien
tant qu’à montrer quelles précautions et quelles ruses le désir, à la recherche de
l’objet apporte à louvoyer dans les eaux préconscientes et, cet objet découvert de
quels moyens, stupéfiants jusqu’à nouvel ordre, il dispose pour le faire connaitre »
20Il semblerait que ce merveilleux à la fois psychique et objectif, donne naissance à des
mythes. Dans la préface du
Paysan de Paris (1926)21 Louis Aragon, qui se fait le
défenseur « du merveilleux quotidien », incite à la recherche d’une « mythologie
moderne ».


20André Breton, L’Amour fou, II, pp. 690-691.21Le paysan de Paris de L .Aragon et Nadja de Breton sont des chefs-d’œuvre du Surréalisme.

Il est à rappeler toutefois que le surréalisme n’a pas l’exclusivité dans cette révolution
des rapports avec l’homme et la nature, entre la raison et l’imaginaire, entre le rêve
et le réel. Des œuvres importantes se sont élaborées pendant tout le siècle non pas
« en marge du surréalisme » comme on le dit parfois, mais en toute autonomie de
recherche et de création.


6- Symbole et mythe


Le symbole fut à la fin du XIXe siècle l’accomplissement de l’union entre la pensée et
la parole. Le mythe, défini par Gilbert Durand comme
«un système dynamique de
symboles, d’archétypes et de schèmes, système dynamique qui, sous l’impulsion d’un
schème, tend à se composer en récit
22», a remplacé le symbole et le poète donne le
plus souvent à sa vision une dimension mythique. Pour Louis Aragon, dans
Le Paysan
de Paris,
écrire une mythologie ne consiste pas à réécrire des mythes primitifs ou à en
découvrir les manifestations et les traces dans le monde où il évolue, mais faire en
sorte que chacun retrouve dans sa conscience un lien avec la réalité qui l’environne,
qui en révèle le sens caché. Selon Louis Aragon, «
le mythe est avant tout une réalité,
et une nécessité de l’esprit, (…) le chemin de la conscience, son tapis roulant
»23.Le théâtre dada et surréalisteLe théâtre surréaliste, qui ne connaîtra pourtant pas de consécration scénique, a
préparé l’avènement d’un théâtre d’avant-garde qui s’étendra jusqu’au théâtre de
l’absurde.
Breton et Soupault :
S’il vous plait, vous m’oublierez (1920) ;Breton, Desnos et Péret : comme il fait beau ! ( 1923) ;Vitrac : Entrée libre( 1922).22Gilbert Durand, Les Structures anthropologiques de l’imaginaire, Presses universitaires de
France, 1960 ; 11e édition, Dunod, 1992, p. 64.
23Aragon, Le Paysan de Paris, p. 226-227.

En 1926, Antonin Artaud fonde avec Roger Vitrac et Robert Aron Le Théâtre Alfred
Jarry.


Les précurseurs: Alfred Jarry, Apollinaire, Albert-Birot, Yvan GolI, le Douanier
Rousseau, Raymond Roussel.


Les auteurs dramatiques Dada : Erik Satie, Ribemont-Dessaignes, Tristan Tzara, etc.
Les fondateurs du théâtre surréaliste : André Breton, Aragon, Artaud, Vitrac,
Desnos, Huidobro, Georges Neveux, Georges Hugnet, Picasso.


Le théâtre a accompagné de près l’apparition des deux mouvements Dada et
surréaliste : le premier texte Dada,
La Première aventure céleste de Monsieur
Antipyrine
de Tzara, publié en 1916, ainsi que des « sketchs » publiés dans Les
Champs magnétiques
: S’il vous plaît et Vous m’oublierez de André Breton et
Philippe Soupault inaugurent un art dramatique préfiguré par
Les Mamelles de
Tirésias
, « drame surréaliste » écrit en 1917 par Guillaume Apollinaire. L’intrigue est
fondée sur des principes nouveaux comme l’ambiguïté, le merveilleux, l’insolite, et
l’action dramatique est réduite en courtes scènes sans rapport logique entre elles,
installant une atmosphère énigmatique car plusieurs moments échappent au
spectateur. La thèse surréaliste de la vraie réalité est un mélange entre le réaliste et
le poétique »
24.

Le théâtre dada et surréaliste fait place à la surprise, à la poésie, au rêve, au
merveilleux. Il se caractérise notamment par la fin de l’illusion théâtrale et des
conventions. En effet, il n’y a plus d’intrigue proprement dite, mais des propos
inspirés par la pratique de l’écriture automatique. La volonté de créer une sorte de
communion entre le public et les acteurs, l’esthétique de la surprise et la provocation
sur la scène sont au cœur de cette esthétique dramatique.
Les surréalistes, et tout particulièrement Breton, ont maintes fois proclamé leur
défiance envers le théâtre sous sa forme traditionnelle. Celui-ci proclamait qu’un spectacle devait s’adresser aux sens avant de s’adresser à l’intelligence. Cette
ambition d’un théâtre total fait appel à divers modes d’expression artistique :
projections cinématographiques, musique, danse, poésie.


La révolution de l’écriture théâtrale consiste en la recherche de nouvelles
associations sémantiques ; par conséquent la parole n’est plus un simple instrument
de communication. Le théâtre devient l’expérience collective de l’inconscient, et ce
en privilégiant l’onirique sur le rationnel, la fantaisie sur la logique, la libre association
de mots, les images sur le respect des règles de la vraisemblance.

 24Breton, Le trésor des jésuites, p 340.


II- L’art surréaliste 

L’influence du surréalisme sur l’art du XXe siècle a été décisive. La peinture tout
comme les autres arts sont, pour les surréalistes, la voie d’expression de
l’inconscient. Max Ernst, Salvador Dali, Joan Miro, Yves Tanguy, Magritte révèlent
l’émergence du merveilleux ou invitent le spectateur dans un monde rêvé.
L’influence du surréalisme a aussi inspiré des photographes comme Man Ray et des
cinéastes tels Luis Bunuel.


L’esthétique surréaliste, profondément influencée par l’œuvre de Giorgio De Chirico,
met en œuvre des techniques spécifiques en vue de libérer le désir et de représenter
le fonctionnement du rêve tout en limitant le rôle de la conscience et de la volonté.
Les techniques du frottage et du collage employées par Max Ernst, les dessins
automatiques réalisés par André Masson, les rayographes de Man Ray en constituent
les premiers exemples. Miró, Magritte et Dali réuniront par la suite des éléments
disparates et créent des images oniriques.


Une première exposition leur est dédiée à Paris en 1925. Mais c’est avec les
expositions de 1936 à Londres et à New York, de 1937 à Tokyo, de 1938 à Paris, que
le mouvement atteint une notoriété internationale surtout qu’une grande partie du
groupe immigre aux Etats Unis pendant la guerre influençant profondément l’art
américain.


La littérature engagée et l’existentialismeLe Surréalisme, mouvement qui s’étend sur quarante ans, a préparé l’avènement de
la peinture américaine et du Pop Art et dans les années 60 en Europe, l’apparition
de mouvements d’avant-garde comme le Nouveau Réalisme.


1- Le contexteLa première Guerre Mondiale a fait naître un sentiment de mort des civilisations et de barbarie humaine. Les conséquences de la guerre ont été désastreuses et ont
profondément influencé la vie économique avec notamment un recul
démographique avec les 1300000 tués ou disparus. Le vieillissement de la population
se traduit par une charge pour les populations actives et un manque de dynamisme.
Cependant, entre les deux guerres, de 1920 et 1929, on parle d’un seconde
révolution industrielle marquée par la création de grands groupes comme celui de
l’acier et du pétrole. Parallèlement, un fort ressentiment envers le capitalisme et les
classes dirigeantes a préparé le terrain pour des idéologies d’ordre et de contestation
qui apparaissent, notamment le fascisme.
25 Entre 1919 et 1939 donc, le discrédit du
régime parlementaire en France, la montée des fascismes en Europe provoquent une
crise morale qui s’accentue avec les atrocités de la guerre. Les écrivains s’interrogent
sur le sens de la vie et s’engagent politiquement.


252525« Pris dans son sens littéral, le terme de fascisme désigne le mouvement fondé en Italie en 1919 et le système politique érigé en 1922 après la prise du pouvoir par le chef de ce mouvement, Benito Mussolini (voir 2). Il s’applique par extension à divers partis, mouvements et organisations dont l’action s’est développée dans la quasi-totalité des pays européens entre la fin de la Première Guerre mondiale et la fin de la Seconde Guerre mondiale. » (R. GHIRSHMAN, Fascisme, dans Encyclopédie Universalis, vol. 6, Paris, 1980, p. 937). Même si la plupart des pays occidentaux (y compris le Japon) ont été plus ou moins touchés par cette mouvance, seuls, trois pays européens connaîtront des régimes d’État fasciste; il s’agit de l’Italie, de l’Allemagne et de l’Espagne.


2- La quête des valeurs

 Les valeurs solides sur lesquelles le XIXe siècle avait fondé sa puissance ont échoué.


Devait-on les condamner ? Au nom de quoi ? Comment intégrer dans les systèmes
philosophiques et moraux les données des sciences nouvelles ? Comment projeter un
nouvel humanisme qui concilie la tradition et les éléments contemporains (la plupart
du temps conçus contre la tradition) ? Les penseurs de l’entre-deux guerres ne sont
pas des encyclopédistes qui vont proposer des solutions générales à tous les
problèmes dont souffre l’humanité. Ils limitent leur champ d’action à celui de la prise
de conscience. Ils éclairent les contradictions- en général insurmontables-où nous
sommes appelés à vivre. Ce sont des « moralistes ». Ils appellent leurs contemporains
à se fixer une conduite en toute sincérité et en toute responsabilité. Ils les avertissent
que c’est en fonction de leurs actes qu’ils devront se juger et être jugés.


Ces moralistes vont se retrouver face à la nécessité de prendre parti, de s’engager
dans les événements de leur temps ; comme la guerre du Rif, la guerre d’Espagne, la
montée des fascismes, etc. Certains comme Bernanos, Mauriac, Camus vont
considérer leur prise de position comme un acte tandis que d’autres deviendront
acteurs de ces événements.


Saint-Exupéry et Montherlant définissent un héroïsme moderne. Les écrivains
Chrétiens (Mauriac, Bernanos, Julien Green) confrontent la société moderne à leur
idéal spirituel et moral.


3- Prendre positionLes auteurs de l’après-guerre, et particulièrement le mouvement existentialiste, avec Sartre et Camus, réussiront pendant quelques années là où leurs prédécesseurs avaient échoué. Ils reprendront de nombreux thèmes de ces derniers comme la
responsabilité totale de l’écrivain, et affirmeront que critique et autocritique doivent
se confondre avec la création. Ils s’adresseront à des lecteurs qui viennent de souffrir
dans leur vie, des pires maux de la barbarie contemporaine ; la criminalité d’Etat,
l’horreur de concentrationnaire…Le public est prêt à assimiler de nouvelles valeurs de dépassement, tant il souhaite sortir de l’angoisse, du désespoir et de la désillusion, en un mot de l’absurde que défendent justement Camus et Sartre. Le groupe des Temps Modernes dominera pendant plus de dix ans l’actualité littéraire, en posant les questions qui embarrassent tout le monde (y compris la gauche dont ils se réclament) : la guerre d’Algérie, les interventions soviétiques dans les états de l’Est, le statut des femmes, la constitution d’un Etat juif… Au niveau de la pensée française, l’existentialisme a été un événement aussi décisif que le surréalisme pour la poésie, c’est-à-dire une crise de conscience en-deçà de laquelle il n’est plus possible de
revenir.


Sur le plan littéraire, il a été à l’origine d’œuvres romanesques et théâtrales de
premier plan, ainsi que d’essais littéraires, moraux et philosophiques qui ont rejoint
les grands textes classiques. Indirectement, il est aussi l’inspirateur d’œuvres qui se
sont développées dans son sillage : Genet, Boris Vian, Ionesco, Beckett, etc.


Camus et l’absurde


La pensée d’Albert Camus (1913-1960) est dominée par la conscience de la mort à
laquelle l’homme se sait condamné. Romans
(l’Etranger, 1942 ; La peste 1947), pièces
de théâtre (
Caligula, 1945) et essais (Le Mythe de Sisyphe, 1942) dénoncent
l’absurdité de la vie humaine et le scandale du mal. Camus refuse néanmoins le
désespoir et propose à l’homme de lutter contre ce qui l’asservit. L’absurde conduit à
la révolte contre toutes les formes du mal.


Malraux

Les romans d’André Malraux (1901- 1960) sont ancrés dans l’histoire contemporaine.
L’espoir (1937) est largement inspiré par l’engagement personnel de l’auteur dans
les rangs républicains espagnols. La lutte contre le Franquisme en Espagne et plus
généralement contre le fascisme n’est pas seulement une nécessité politique : elle
rejoint le combat de l’homme pour sa liberté et sa dignité. Après la Seconde Guerre mondiale, Malraux, devenu ministre du général De Gaulle se consacre à la critique d’art ; il voit dans l’art le moyen pour l’homme d’échapper aux limites de sa conduite.


CélineLes romans de Louis-Ferdinand Céline (1894-1961), Voyage au bout de la nuit (1932)
et Mort à crédit (1936), tracent un tableau très sombre de la misère humaine, en
même temps qu’ils renouvellent radicalement l’écriture romanesque. Le rejet de la
société contemporaine et du règne de l’argent conduit Céline dans l’impasse de
l’antisémitisme et de la collaboration.


Giraudoux

Au théâtre, Jean Giraudoux interroge le caractère tragique du monde moderne en
réactualisant les mythes antiques (
La guerre de Troie n’aura pas lieu, 1935 ; Électre,1937).

4- Les écrivains de la RésistancePlusieurs poètes issus du surréalisme (Aragon, Eluard, Desnos) participent à la lutte
contre l’occupant allemand. L’engagement leur inspire plusieurs recueils lyriques qui
paraissent clandestinement (Aragon,
Le Musée Grévin, 1943). Ami des surréalistes et
activement engagé dans la Résistance, René Char (1907-1988) exprime le refus de la
fatalité dans
Fureur et Mystère, publié en 1948.

5- L’existentialismeL’existentialisme n’est pas un mouvement littéraire, mais un courant philosophique.
C’est une philosophie de l’homme (et non une philosophie des idées). C’est
une philosophie de l’existence qui réfute l’antériorité de l’essence sur
l’existence. L’existentialisme est défini comme ceci par Kierkegaard : “La subjectivité,
c’est la vérité”. L’existentialisme considère l’homme comme une autoproduction
libre, seul dans un univers sans Dieu : l’homme s’invente, dans son projet et dans sa


morale. La philosophie existentielle cherche la signification métaphysique de
l’homme.


Pour Jean-Paul Sartre (1905-1980), l’homme se définit par ses actes et sa situation
dans le monde, c’est-à-dire par son existence. L’homme est libre, même s’il essaie
parfois d’échapper aux responsabilités qui lui imposent sa liberté. Sartre a poursuivi
sa réflexion philosophique à travers des essais, mais aussi des romans (
La Nausée,
1938), des pièces de théâtre (
Les Mouches, 1943 ; Huis clos, 1944, 1948) et une
autobiographie (
Les Mots, 1946).

Le théâtre de l’absurdeL’après-guerre et la crise des valeursLes horreurs de la Seconde Guerre mondiale (camps de concentration, bombes
atomiques sur le Japon en 1945), puis les guerres de colonisation (guerres d’Algérie,
1954-1962, et d’Indochine, 1946-1954) donnent le sentiment que les valeurs de
l’humanisme (justice, respect de l’homme) n’ont plus aucun sens. Sartre et Camus
constatent chacun à leur manière l’absurdité du monde, dont l’homme ne peut
comprendre ni justifier l’existence.
Les nouvelles conditions de la vie théâtraleDe nombreuses salles de théâtre ouvrent à Paris et en province. Des subventions de
l’Etat permettent la création de compagnies (Théâtre National Populaire de Jean
Villar, compagnie Renaud Barrault) dont certaines font connaître les auteurs
modernes.
Un univers tragique et grotesqueLe théâtre de l’absurde rompt avec la tradition dramatique. L’univers qu’il décrit est
tragique parce que les personnages y sont confrontés à la mort et échouent à trouver
un sens à leur destin. Mais l’action se déroule dans des lieux sans grandeur (le bord
d’une route, une chambre) et a souvent un aspect cocasse.



La destruction du personnage traditionnelPeu caractérisés, les personnages sont insignifiants. Ces anti-héros sans passé ni
réelle identité, n’existent que par ce qu’ils disent.


La vanité du langageLe langage n’exprime plus les passions, il ne permet plus d’exercer un pouvoir
efficace sur le monde. Les personnages toutefois ne cessent de parler, même s’ils
n’ont rien à dire, parce que la parole est leur dernier moyen d’exister.
Samuel BeckettLes pièces de Beckett (1906-1989) ne développent aucune véritable intrigue, mais
représentent la misère de l’homme. Les personnages sont condamnés à l’attente (En
attendant Godot, 1953), à l’enfermement (Fin de partie, 1957) ou encore à une
disparition progressive et inéluctable (Oh ! les beaux jours, 1963).
Eugène IonescoL’univers où évoluent les personnages d’Ionesco (1909 -1994) est aussi dérisoire.
Chaque pièce montre l’absurde à l’œuvre ; dans la conversation (La Cantatrice
chauve, 1950), la société (Rhinocéros, 1960) ou dans la destinée humaine (Le roi se
meurt, 1962). Ionesco démonte les mécanismes du langage, analyse et caricature
tout ce qui aliène l’homme.


Le Nouveau Roman


1- Le contexte

-La crise politique et socialeLe choc de la Seconde Guerre mondiale et les guerres de décolonisation
entrainement une remise en cause de l’ordre politique et moral. En 1968, les
événements de mai montrent le décalage qui existe entre les institutions, l’ordre
social et une grande partie de la population (Étudiants, ouvriers).


-La prospérité économiqueL’après-guerre voit le début d’une période de la prospérité économique (les Trente
Glorieuses : 1950-1980) et le développement de la société de consommation.



1-Les caractéristiques du Nouveau romanLe terme « nouveau roman » a été employé la première fois involontairement par le
critique Emile Henriot lorsque celui-ci a intitulé « le nouveau roman » sans
majuscules un compte-rendu hostile du troisième livre de Robbe-Grillet,
La Jalousie,et du premier ouvrage de Nathalie Sarraute, Tropismes.26 L’histoire de la formation
du Nouveau Roman en France commence en 1953 avec la publication du roman Les
Gommes d’Alain Robbe-Grillet aux Éditions de Minuit.


Le Nouveau Roman regroupe des romanciers qui remettent en question le roman
traditionnel. Ces auteurs sont pour la plupart publiés aux Editions de Minuit en 1950
et 1970. Plusieurs d’entre eux ont défini les principes de leur travail dans des textes
qui sont devenus des manifestes ; Nathalie Sarraute (
L’Ère du soupçon, 1956) ; Alain
Robbe-Grillet (
Pour un nouveau roman, 1963) et Michel Butor (Essais sur le roman,
1969). Le soutien de la Nouvelle Critique, en particulier de Roland Barthes (
Essais
critiques
, 1964) et de Gérard Genette (Figures, 1966), qui ont donné au groupe des
concepts et des outils rhétoriques permettant de fonder une interprétation. De plus,
le succès de cette nouvelle littérature est fondé aussi sur le structuralisme, qui a
trouvé dans le Nouveau Roman le matériau dont il avait besoin : une œuvre close sur
elle-même, coupée du référent.


-L’invention de nouvelles formes romanesquesLes nouveaux romanciers refusent l’intrigue traditionnelle, ses objectifs réalistes et
ses procédés illusionnistes (narrateur omniscient, chronologie linéaire, description).
De même, ils rejettent la littérature engagée qui ne fixe d’objectif à l’œuvre qu’ellemême. Pour Alain-Robbe-Grillet, l’artiste travaille « pour rien », il n’obéit à aucun
parti, parce qu’il considère que « l’art est tout » (Pour un Nouveau Roman). De plus,
le roman est envahi par l’autobiographie. Sarraute, Alain Robbe-Grillet. Les nouveaux
romanciers ont dû affronter des critiques qui prennent pour cible leur formalisme
synonyme de gratuité et d’ennui. Pour Alain-Robbe-Grillet, « l’œuvre d’art est
vivante » le travail de l’écriture et la composition priment sur le contenu ; le roman
n’exprime plus rien que lui-même.
-La remise en cause du personnage


26Sarraute définit les tropismes comme ces mouvements non verbaux et internes qu’il faut déployer aux yeux
du lecteur. Elle détermine aussi leur positionnement (ils se situent
derrière la conversation la plus banale). Elle
explique que pour les saisir, le lecteur ne doit pas être distrait par des personnages ni par une intrigue.
(Yanoshevsky, G. (2005). De L’ère du soupçon à Pour un nouveau roman. : De la rhétorique des profondeurs à
la rhétorique des surfaces. Études littéraires, 37(1), 67–80. doi:10.7202/012825ar)


Le personnage traditionnel, précisément décrit et représentatif d’un type social27 ou
psychologique, enferme le lecteur dans une vision stéréotypée de la réalité. Les
nouveaux romanciers lui préfèrent un personnage défini par sa subjectivité, son
discours et le regard qu’il porte sur le monde. Le personnage est un objet d’écriture,
« une notion périmée ».


-Des structures musicalesLe roman n’est plus pensé comme une représentation de la réalité, mais comme un
texte dont les différents éléments peuvent se répéter et se combiner.
-Les romans de Samuel Beckett (
Molloy, 1951 ; L’Innombrable, 1953) font de lui un
précurseur.
-Nathalie Sarraute (1900-1999) étudie les infimes mouvements de la conscience, qui
n’affleurent pas dans la conversation mais gouvernent la vie psychologique
(
Tropismes, 1939). Auteur d’une œuvre romanesque (Le Planétarium, 1959) et
théâtrale abondante, elle revient en 1983 à l’autobiographie (
Enfance).
-Alain Robbe-Grillet (né en 1922,
Les Gommes, 1953 ; La Jalousie, 1957) et Michel
Butor (né en 1926,
L’Emploi du temps, 1956 ; La Modification, 1957) font naitre leur
univers romanesque du regard que les personnages portent sur les choses.
-Claude Simon (né en 1913) invente une écriture nouvelle. Ses phrases longues, à la
ponctuation rare, entrainent le lecteur dans la conscience du personnage.
L’Herbe(1958), La Route des Flandres (1960), Les Géorgiques(1981) témoignent de la
fascination du romancier pour l’histoire.
-Les romans de Marguerite Duras (1914-1996), marqués par l’art de l’ellipse et la
solitude des personnages, se rapprochent souvent de l’esthétique du Nouveau
Roman (
Le Ravissement de Lol V. Stein, 1964).

2-Le Nouveau Roman et le cinémaAu moment où les cinéastes de la Nouvelle Vague renouvellent l’écriture filmique
(François Truffaut,
Les Quatre cents coups, 1959 ; Jean-Luc Godard, À bout de souffle,
1960), les romanciers s’intéressent au cinéma. Alain Resnais travaille avec Alain
Robbe-Grillet (
L’année dernière à Marienbad, 1961) et Marguerite Duras (Hiroschima
mon amour
, 1959). Les deux romanciers réalisent ensuite seuls de nombreux films.


27Un personnage qui résume en lui-même les traits caractéristiques de tous ceux qui lui ressemblent plus ou
moins, il est le modèle du genre.


La littérature contemporaine


Le contexte

Le contexte politique et social

La fin du XXe siècle remet en cause l’ordre politique et social établi à la fin de la
Seconde Guerre mondiale (chute du mur de Berlin en 1989, disparition de l’URSS en
1991). De nouvelles structures voient le jour, comme l’Union européenne, créée en
1991. Les années 1980 marquent la fin de la prospérité. Des crises économiques
récurrentes accroissent le chômage et les difficultés sociales.


Le contexte idéologique


La contestation des grands systèmes de pensée qui ont marqué l’après-guerre,
comme le marxisme, marque l’entrée dans un nouvel âge, celui de la postmodernité.
La nouveauté et le changement n’apparaissent plus comme des valeurs sûres, les
artistes inventent moins qu’ils ne mélangent ou recomposent.
Les tendances de la littérature contemporaineSous l’influence du Nouveau Roman, de nombreux romanciers rompent avec les
techniques d’écriture traditionnelles, tout en retrouvant le goût de l’aventure et de
l’analyse psychologique (Albert Cohen,
Belle du seigneur, 1968 ; Jean Echenoz,L’équipée malaise, 1987). Les mythes inspirent Michel Tournier (Vendredi ou les
Limbes du Pacifique
, 1969 ). De nombreux récits sont écrits à la première personne
(Georges Perec,
W ou souvenirs d’enfance, 1975 ; Annie Ernaux, La Place, 983).
L’évocation des destins individuels éclaire l’histoire d’un siècle riche en tragédies.


La poésie


La poésie contemporaine est marquée par une grande diversité. Dans les années
1970, les membres de l’Oulipo
28 (Ouvroir de Littérature Potentielle), dont les plus
connus sont Georges Perec (1936-1982), Jacques Roubaud (né en 1932) ou Raymond
Queneau (1903-1978) essaient de soustraire la poésie aux aléas de l’inspiration en
inventant de nouvelles contraintes formelles. Pour les oulipiens, la création littéraire
est en effet avant tout un travail sur la forme et un jeu avec le langage. L’écriture se
28 L’Oulipo n’est pas un mouvement littéraire, mais un atelier de littérature expérimentale.
 nourrit de règles et de l’exploration méthodique des potentialités de la langue. Alors
que certains poètes renouvellent le lyrisme avec une grande sobriété de moyens Eugène Guillevic (1907-1997), Jacques Réda (né en 1929), Philippe Jaccottet (né en
1925), d’autres poursuivent des recherches formelles plus audacieuses (Denis Roche,
né en 1937). De nombreux poètes sont aussi des critiques. L’écriture et la réflexion
sur la poésie sont très liées dans les œuvres de Michel Deguy (né en 1930) ou Yves
Bonnefoy (né en 1923).


Le théâtre


Le théâtre contemporain associe écriture et représentation. Les auteurs (BernardMarie Koltès, 1948-1989, Quai Ouest, 1985 ; Dans la solitude des chats de coton,
1986 ; Michel Vinaver, né en 1927) remettent en cause les principes dramatiques
traditionnels (illusion théâtrale, distinction des genres, construction du personnage)
et inventent, comme Valère Novarina (né en 1924), de nouveaux langages. L’écriture
théâtrale, souvent discontinue, exprime les angoisses sociales et l’inquiétude morale
d’une société en crise.
De nombreux dramaturges travaillent avec les metteurs en scène dont le rôle est
désormais essentiel (collaboration de Bernard-Marie Koltès et de Patrice Chéreau,
d’Hélène Cixous et d’Ariane Mnouchkine).

Histoire des Idées et de l’Art S4 Nacihi Khadija

 

One thought on “Histoire des Idées et de l’Art HIA S4 Nacihi Khadija

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